what is it exactly that draws me back here after such a long time, and nothing special to say as a matter of fact, maybe i'm just here to shut the fuck up in a more spectacular way, only spectacular to myself, of course, and also, i miss the english, forcément, it's my first communication breakdown -- for over a few hours that is, even argentina last year didn't get the better of us, but this time, death and all reality coming with it, well, won. and i have to wait some more to know the true score. fuck. and there's absolutely nothing i can do, and i'm not so good with impotence, that much impotence, imposed upon me like i'm a closed up box put back in the fridge waiting for someone to open the fucking door.
yeah.
great.
and nothing allows me to bet on the happy ending.
i'm so scared i'm silent.
peut-être pas, finalement.
rideau.
frappée par cette évidence, ce matin, bêtement et joyeusement:
les dix prochaines années vont être les meilleures
ça commence tout de suite
(un peu de)
j'ai chaussé mes lunettes
[- ah oui, j'suis myope - depuis quand? - depuis que j'ai vu l'ophtalmo]
enlevé mes chaussures
branché la radioblog (idoine)
baissé le son
redisposé les piles de livres
le calme entre par la fenêtre
je me tiens droite et je pousse un petit soupir quand le téléphone sonne
reculer pour mieux sauter
travailler parfois n'est qu'une question de didascalies
il n'y a rien à lire dans mes silences
du bruit et du mouvement dans mes jours et mes nuits
le temps file à l'anglaise entre les continents
les mois comme autant de prolongations à hauts risques
aux enjeux vertigineux
et l'exaltation d'être encore en course
quand on ne se savait même pas parti
jusqu'à ce que tout s'arrête
diététique de l'objectif
chasser les angoisses parasites comme des kilos en trop
privilégier la légereté de l'âme et l'élan des corps
remonter ses manches et prendre ses jambes à son coeur
être raccord avec sa propre baraka
en un mot comme en cent
tout va
bien
la première larme a coulé sur le premier lever de baguette
il y avait déjà tant de tension il y avait un tel engagement entre le chef et chaque jeune musicien il y avait déjà de la musique
pendant le concert, à travers tes larmes, tu as pensé "j'ai raté ma vie"
tu t'es demandé si c'était pour ça que tu pleurais
mais en fait non
tu n'as peut-être pas raté ta vie
ou peut-être oui
mais l'émotion ce soir là venait directement du plateau
par bourrasques
indomptables et domptées
comme les notes de Schoenberg & Malher
il n'y avait qu'un seul grand corps à travers lequel l'énergie circulait par vagues visibles
tout partait avant d'y revenir du petit corps du très très très grand Claudio Abbado, et chaque instrumentiste de l'orchestre ré-agissait comme une terminaison nerveuse de ce corps unique englobant
les sourires sur les visages, les regards plein d'une admiration et d'un amour si purs, Malher irrigant l'orchestre, émanant d'Abbado, du bout de ses doigts et du fond de ses tripes de miraculé.
tu as entendu dire le paradoxe de jouer avec tant de bonheur une musique aussi tragique. c'est peut-être vrai, tu n'es pas spécialiste. mais transmettre tant de bonheur palpable, incarner une musique aussi sublime avec autant de puissance et si peu d'effets de manches, produire avec une apparente simplicité, avec une modestie si exemplaire, autant de légereté, de fluidité, d'exaltation, diriger sans chichis comme les dieux doivent faire jaillir des sources de vie quelque part sur l'olympe, ça c'est un truc inouïe.
même la vielle critique l'a dit.
inouïe.
et tu as pleuré toute la nuit.
*Chatelet, 27 avril, Claudio Abbado dirigeait le Mahler Jugendorchester dans Pelléas & Mélisande de Schoenberg et La 4e symphonie de Malher.
en avril, on coupe les fils.
on dévérouille gratis, on décharge la barque, on écope, on déleste, on allège. on libère. et on affronte les-dites décisions.
allez, hop.