peut-être pas, finalement.
rideau.
frappée par cette évidence, ce matin, bêtement et joyeusement:
les dix prochaines années vont être les meilleures
ça commence tout de suite
(un peu de)
j'ai chaussé mes lunettes
[- ah oui, j'suis myope - depuis quand? - depuis que j'ai vu l'ophtalmo]
enlevé mes chaussures
branché la radioblog (idoine)
baissé le son
redisposé les piles de livres
le calme entre par la fenêtre
je me tiens droite et je pousse un petit soupir quand le téléphone sonne
reculer pour mieux sauter
travailler parfois n'est qu'une question de didascalies
il n'y a rien à lire dans mes silences
du bruit et du mouvement dans mes jours et mes nuits
le temps file à l'anglaise entre les continents
les mois comme autant de prolongations à hauts risques
aux enjeux vertigineux
et l'exaltation d'être encore en course
quand on ne se savait même pas parti
jusqu'à ce que tout s'arrête
diététique de l'objectif
chasser les angoisses parasites comme des kilos en trop
privilégier la légereté de l'âme et l'élan des corps
remonter ses manches et prendre ses jambes à son coeur
être raccord avec sa propre baraka
en un mot comme en cent
tout va
bien
la première larme a coulé sur le premier lever de baguette
il y avait déjà tant de tension il y avait un tel engagement entre le chef et chaque jeune musicien il y avait déjà de la musique
pendant le concert, à travers tes larmes, tu as pensé "j'ai raté ma vie"
tu t'es demandé si c'était pour ça que tu pleurais
mais en fait non
tu n'as peut-être pas raté ta vie
ou peut-être oui
mais l'émotion ce soir là venait directement du plateau
par bourrasques
indomptables et domptées
comme les notes de Schoenberg & Malher
il n'y avait qu'un seul grand corps à travers lequel l'énergie circulait par vagues visibles
tout partait avant d'y revenir du petit corps du très très très grand Claudio Abbado, et chaque instrumentiste de l'orchestre ré-agissait comme une terminaison nerveuse de ce corps unique englobant
les sourires sur les visages, les regards plein d'une admiration et d'un amour si purs, Malher irrigant l'orchestre, émanant d'Abbado, du bout de ses doigts et du fond de ses tripes de miraculé.
tu as entendu dire le paradoxe de jouer avec tant de bonheur une musique aussi tragique. c'est peut-être vrai, tu n'es pas spécialiste. mais transmettre tant de bonheur palpable, incarner une musique aussi sublime avec autant de puissance et si peu d'effets de manches, produire avec une apparente simplicité, avec une modestie si exemplaire, autant de légereté, de fluidité, d'exaltation, diriger sans chichis comme les dieux doivent faire jaillir des sources de vie quelque part sur l'olympe, ça c'est un truc inouïe.
même la vielle critique l'a dit.
inouïe.
et tu as pleuré toute la nuit.
*Chatelet, 27 avril, Claudio Abbado dirigeait le Mahler Jugendorchester dans Pelléas & Mélisande de Schoenberg et La 4e symphonie de Malher.
en avril, on coupe les fils.
on dévérouille gratis, on décharge la barque, on écope, on déleste, on allège. on libère. et on affronte les-dites décisions.
allez, hop.
des jours comme ces jours-ci tu t'en veux de l'incomplétude de ta satifsfaction parce que quoi de plus franchement question rhétorique t'emballe pas, tu sais précisément quoi de plus et pourtant.
wah.
(déjà.)
tu sors et tu es dans l'histoire dans le cinéma dans la littérature tu marches dans le décor paris en mieux en vrai avec la lumière d'hier soir, de celles qui te font sauter en l'air, ta lumière préférée, quand le soleil re-pointe après la pluie, que le zinc des cheminées brille dans un ciel bleu ardoise et tu le fais, tu sautes en l'air en agitant les mains, on dirait une américaine qui tombe sur ses copines phi-beta-gamma au starbuck, ben toi c'est la couleur du ciel, cette lumière, seule, qui sait te faire bondir le coeur comme un cabri, regarde regarde regarde, c'est beau, vous êtes bien, c'est tout con.
dimanche de révélations, pas vrai. c'est en écoutant Mark Eitzel d'une seule oreille hier soir en cuisinant les pattes maison que tu as réalisé le cousinage avec Prefab Sprout, tu lui as dit mais bon, erreur de public, alors tu le gardes pour toi, voilà, pas un fromage.
tu fais des rêves de fins de mondes, si ça ne veut pas dire que tu tiens au tien, c'est à foutre freud au rencard et d'ailleurs.
finalement l'anniversaire de sa mort est passé comme un poisson d'avril et c'est à ton père que tu penses, esprit de contradiction ou bien. rien.
tout déconne autour et ici on est tellement bien ce décalage inédit te fait osciller entre culpabilité et vieux désir de disparaître. c'est comme si c'était fait. les amoureux sont seuls au monde bla bla bla. tu n'as même pas envie de demander pardon tu as envie de pourvu que ça dure.
et ça dure.